“Notre destination n’est jamais un lieu mais plutôt une nouvelle manière de regarder les choses.” Henry Miller

Ci-dessous : “L’arbre de la connaissance” en cours de réalisation 2014

Ci-dessous : sur la table de travail, phase préparatoire et mise en place de l’assemblage  « ABC… » de la série « Memorandi » 2018

J’assemble. Je n’ai pas une seule manière de faire. Que ce soit en deux dimensions ou en trois dimensions j’utilise ce même procédé, l’assemblage.

Je regarde autour de moi, dans mon environnement proche, les objets ou les matériaux qui m’entourent. Je les observe pour savoir ce qu’ils m’évoquent et j’imagine ce qu’ils pourraient devenir. Regarder les choses et les disséquer afin d’en retirer leur potentiel plastique, esthétique ou expressif. C’est la transformation qui m’intéresse, d’une chose en une autre, mais avec une charge émotionnelle, narrative ou affective. Passer de l’objet à l’être, ressentir. Il s’agit souvent de créer à partir d’éléments de la réalité, traces du quotidien et/ou de mon existence. Rapprocher des univers opposés et créer des correspondances en cherchant l’équilibre, mais aussi en gardant une certaine tension, la rupture n’étant jamais loin.
Ma pratique s’articule à la fois autour des formes mais aussi autour des matériaux tout en laissant une place au jaillissement et à l’imaginaire. Au moment de l’élaboration je ne sais pas forcément où je vais. Tout se fait au fur et à mesure et pour reprendre Antonio Machado “le chemin ce sont les traces de tes pas […] il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant.”

Un des éléments essentiel de cette pratique est la constitution d’un corpus d’objets, d’éléments, de formes, de couleurs, de « petits riens » qui se traduit par la collecte d’OVNI (Objets vraiment non inutiles). J’ai commencé à expliciter cette démarche dans le projet « Chasse, cueillette, collecte » qui consiste à réaliser une archéologie du quotidien visant à répertorier de manière non exhaustive les diverses possibilités de collecte.

Pour la réalisation de mes images j’utilise le collage, que je réalise à partir de magazines ou de journaux et que je combine avec des éléments graphiques et des matériaux divers. L’assemblage d’éléments et d’objets plus lourds a orienté le passage de la feuille de papier comme support vers la plaque d’aluminium afin de répondre à cette contrainte technique. De plus les reflets de ce matériau apporte une profondeur aux contours flous, répondant ainsi par la même occasion à une des problématique du travail sur la mémoire, les contours incertains de nos souvenirs.

Ainsi, nombreuses de mes créations sont des points de départ et je n’ai pas de certitudes. J’ouvre des pistes que je peux développer, laisser en suspens ou reprendre à différents moments. C’est pourquoi j’ai souvent recours au travail en série et ma pratique se développe dans mon atelier. Elle est directement liée à mon mode de questionnement et à mon environnement proche, de par les matériaux que j’ai sélectionnés.

Transformer le réel pour le questionner. Détourner. Transposer l’invisible pour le rendre lisible.
Ma démarche artistique cherche à questionner notre environnement et notre rapport aux choses. On ne peut pas changer le monde mais on peut changer notre regard sur le monde qui nous entoure pour mieux l’appréhender. C’est pourquoi je ne créée pas avec des matériaux nobles et je n’utilise pas les techniques traditionnelles de la peinture ou de la sculpture. Je travaille aussi bien à partir de détritus, d’objets de rébus qu’avec des objets du quotidien dont je détourne leur fonction d’usage. Changer nos habitudes dans la façon d’utiliser certains objets – parfois mécanique – afin de changer de focale. Donner à certains objets, matériaux ou outils d’autres vertus que celles pour lesquelles ils existent. Les utiliser de manière différente sans sous estimer leur charge émotionnelle ni leur aspect esthétique.

A la base de ce questionnement permettant de révéler les limites de notre société consumériste mais aussi de nos us et coutumes, il s’agit avant tout de changer, voire de multiplier les points de vue afin de les confronter. Cette ouverture vers d’autres possibles est au cœur de ma recherche : la transformation de notre quotidien pour se transformer soi-même. Observer et découvrir la beauté dans le banal tout comme Charles Baudelaire cherchait à transformer la boue en or.

A.B.

Ci-dessus : Au détour d’une rivière… (vidéo 46s), 2016. Cette vidéo pourrait résumer la philosophie de ma démarche artistique tout en faisant référence à la citation de Charles Baudelaire « j’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or ».